Voici un texte écrit il y a quelques temps, en réaction à de nombreux commentaires qui affirmaient avoir l’impression de lire sur ce blog une vision où la classification bobo serait déterminée par le niveau de richesse d’un individu. Or, il ne suffit pas d’être riche pour être bobo, de la même manière qu’être de condition modeste (enseignants par exemple) ne constitue pas une incompatibilité à ce qualificatif. Rentrons donc dans la genèse du bobo.
L’adolescence est un moment particulier dans la vie d’un bobo de première génération, puisque c’est précisément le moment où il devient bobo.
Retracons le cadre familial: généralement, le bobo de première génération a des parents riches. En effet, pour avoir des considérations comme “tu vois, pour moi, le tri des ordures, c’est un défi de société, et c’est un combat de tous les jours“, ou “non mais attend, ton pain doit ab-so-lu-ment être pétri à base de farine bio!!!!“, ou encore “non mais je lache les études! moi mon projet c’est l’humanitaire, et la survie des abeilles en Ouzbekistan!!“, vous conviendrez qu’il faut être largement déchargé de la pression financière, et qu’avoir à manger dans son assiette soit un soucis de troisième classe.
De ces parents, l’adolescent bobo ne voit que du mal: leur conservatisme, leur racisme (“tu as vu la famille de maghrébins qui viennent de s’installer à l’autre bout de la ville?“), leur religion (catholique, évidemment, et la prière de début de repas qui va avec), leurs principes (“mais enfin, Maud-Angélique!”) et leur richesse. Tout a toujours été offert sur un plateau au bobo, et pour ca, il passe l’essentiel de son enfance à se détester, ainsi qu’à haïr ses parents (terreau de son amour futur, et surfait, pour les autres).
L’adolescence étant la période de la vie où l’on cherche sa propre identité, le bobo va tenter de prendre le chemin inverse de ses ainés tant méprisés. La violence et la délinquance ne pouvant émerger que si l’on a soi-même souffert, cette première solution sera naturellement écartée. C’est alors l’intérêt du plus pauvre, la culpabilisation liée à sa position privilégiée (très présente en France pour les 2ème générations de bourgeois) qui va progressivement déterminer son comportement.
Le résultat? Expression contestataire par les vêtements. Les bobos adolescents aiment les fripes verts kakis, les bonnets péruviens, les écharpes bariolées, les keffiehs, les piercings, et globalement les vêtements larges et fins (de mauvaise qualité), souvent à l’aspect vieilli et sans découpe particulière.
Comme l’adolescence est la première période des amourettes, le bobo en devenir va véhiculer dans son comportement amoureux une rébellion inouïe qui le fera sentir star parmi les parias. Mohammed, Lassana, Youssouf, Fanta, Lalaïna (une malgache, ca fait bien), Abdelkrim, Sothie (la cambodgienne, pour les bobos un peu laches qui n’osent pas la camerounaise), c’est l’affluence dans les couloirs de la demeure familiale de Chatou, une situation intenable qui vaudra un dernier ras le bol (du genre “Il suffit! On se croirait à la Sonacotra de Robespierre!“) qui poussera Jean-Francois et Marie-Elizabeth (les parents) à prendre à leurs enfants en pleine bobo-mutation un appartement rue Amelot.
Côté études, n’ayant aucune pression particulière pour réussir, car sachant ce que Jean Francois donne chaque mois de Juin à l’état au titre de l’ISF (“putain! Dire que tout ca c’est pour engraisser le crouille!!“), Maude-Angélique et Jean-Xavier (Maud et Xav’ pour les intimes) voguent vers leurs rêves… Le schéma est souvent identique: ils s’engouffrent dans une filière oisive à connotation artistique, comme l’architecture, les beaux arts… ou a dimension charitable comme l’éducation nationale, puis développent à côté une passion à connotation artistique (ne remerciant pas au passage leurs parents pour les cours de solfège). Ils abandonneront finalement (ou finiront péniblement) leurs études pour se consacrer à leur “art”, en agrémentant le tout d’occupations “charitables”, pour se déculpabiliser de vivre sur de l’argent qu’ils n’ont pas gagné.
Après quelques années, fatigués de voyager (et après avoir dilapidé la majorité de l’héritage), ils se rangeront, et seront donc prof, ou dessinateur, et se marieront finalement avec un Philippe ou un Olivier, graphiste/webmaster passionné de slam et d’Afrique. Ils respectent ainsi l’adage qui dit que malgré tous les noirs qu’une fille bourgeoise peut avoir dans son lit à l’adolescence, elle se mariera forcément avec une photocopie de son père.
Pour conclure, un bobo ne se reconnait pas tant par son niveau de salaire que par le niveau de bourgeoisie de ses parents et le niveau d’opposition culturel qu’il a exprimé face à eux.
La première fois que je suis allé dans un Monoprix après l’invasion de Paris par les bobos, j’ai cru à un monde parallèle. Moi qui ai été élevé au Forza (marque low cost de Prisunic, pour ceux qui s’en rappellent), et avait entrée interdite chez Félix Potin (chaîne d’épicerie haut de gamme, pour ceux qui s’en rappellent), je découvris que faire ses courses pouvait, pour certaines personnes, être un vrai moment de bonheur, et pas le calvaire hebdomadaire qu’il représentait pour les gens de ma condition.
On le sait, le bobo 
La crise se voit dans la rue, se touche se tâte. Du moins, dans les quartiers où les gens la subissent de plein fouet, entre chômage technique, congés forcés et licenciements économique.



