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Violence Banlieue Parce que le bobo a cette soif insatiable de connaissance de l’autre, parce qu’il veut comprendre ses frères humains, surtout les moins favorisés, mais qu’il fait passer sa sécurité personnelle avant tout, ce qui explique qu’il n’y soit jamais allé, le bobo aime les films sur les banlieues françaises.

Pour lui, ces films sont même d’utilité publique, puisqu’ils permettent se sensibiliser l’opinion publique (expression copyrightée par la caste bobo) aux difficultés vécues par les habitants des banlieues.

Le bobo a ainsi frissonné devant La Haine de Kassovitz, a frétillé devant Ma 6-7 va crack-er, de Jean-Francois Richet, et se retrouve tout excité devant la vidéo hype du moment, ce fameux clip de Justice signé Romain Gavras, qu’ils se passent en boucle au bureau, leur casque Momo Design au pied, et la clé du vespa dans la poche.

A chaque sortie d’un film semblable, le bobo s’empresse de se rendre au cinéma indépendant du coin (là où on passe des films d’auteur français, et pas d’affreux blockbusters américains), et communique son enthousiasme et son émotion à tout son cercle social. Des fois, quand le bobo est de mauvaise humeur car Eglantine, la cousine que tout le monde aime bien, a raté HEC de justesse et n’a eu que l’ESSEC et l’ESCP, le bobo se risquera à une remarque méprisante envers un collègue pendant un débat sur les banlieues, et lui jettera à la figure « tu n’y connais rien de toute façon. ». Le bobo enchaînera alors sur une série d’arguments tirés des films qu’il a vus, en étant absolument persuadé qu’il s’agit de la réalité de la vie de l’ensemble des personnes vivant en banlieue.

Même si cela fait partie des sujets à éviter, gardez votre calme si vous vous retrouver dans un débat sur les banlieues avec un bobo. Comme d’habitude, retenez vous de dire une vérité qui pourrait le traumatiser, comme le fait qu’il ne regarde ce genre de film que pour ressentir une émotion impossible à capter dans sa vie aseptisée, et que vivre la misère par procuration diminue artificiellement et temporairement son sentiment de culpabilité d’avoir une vie si privilégiée. Retenez vous aussi d’étaler votre mépris pour ces Kassovitz, Richet, et autres Romain Gavras (fils de Costa Gavras, pour le clip de Justice, groupe composé de Gaspard Augé et Xavier de Rosnay, de vrais experts de la banlieue), ces enfants de bourgeois en mal de sensations fortes qui n’ont décidément pas trouvé mieux que d’utiliser la misère des gens pour satisfaire les fantasmes des bourgeois et leur portefeuille.

Et si le débat venait à se politiser, retenez-vous à tout prix de dire que ces films et autres clips sont le plus gros service rendu au pouvoir en place, en alimentant le mythe du sauvage qui menace d’entrer dans les villes, les pires mesures répressives deviennent acceptables, voire nécessaires.

Empêchez vous de dire tout cela, et parlez à la place du formidable travelling utilisé dans la scène du massacre d’innocent, de la pureté des couleurs dans la scène du viol collectif, ou de l’exotisme de la décoration de la chambre dans la scène du découpage du haschisch.

Ne vous êtes-vous jamais retrouvés dans un lieu public avec un bobo à proximité, occupé à expliquer calmement quelque chose à son fils ou sa fille ? Si cela vous dit quelque chose, sachez que ce n’était pas un cas isolé. Le bobo aime la pédagogie. A vrai dire, il explique tout et tout le temps, le plus calmement du monde, le plus simplement du monde.

« Tu vois ma chérie, c’est comme ca que les africains font leur poisson séché ! Certains le mangent même avec les mains ma chérie. »

« Tu vois Zoé, c’est pour ca que papa et maman ne mangent pas de viande rouge ! »

« Dis moi Maxence, ou est ce qu’on a vu cette danse ? Tu te rappelles Maxence ? Ouiiii c’était au Sénégal mon chéri. Tu te rappelles de la signification de cette danse ? »

Ainsi parle le bobo, avec cette voix si caractéristique, claire et sur-articulée, symbole de patience et de calme pour les autres bobos, symbole d’une passivité béate du nanti oisif pour l’homme normal. Mais nous sommes ici pour comprendre le bobo, pas seulement le décrire.

Sachez que le bobo a une relation très particulière avec ses progénitures. Si tout être humain souhaite le meilleur pour ses enfants, le bobo veut l’excellence, et par excellence on entend excellence intellectuelle. Il va ainsi développer une attitude dysfonctionnelle consistant à parler à ses enfants comme à des adultes, employant un vocabulaire inutilement complexe, persuadé de créer la différence avec les élèves de la classe de CM2 où il est instituteur. Oui, la plupart des bobos cinquantenaires sont artistes ou instituteurs.

La conséquence est assez glauque. L’enfant bobo est le genre d’enfant qui ne vous est pas sympathique. Le genre d’enfant qui, à 5 ans, vous sort des réparties implacables à votre argumentaire, alors que vous faites l’effort mensuel avec votre copine pour aller dîner chez ce couple de bobos dont la perfection vous énerve tant. Le genre de gosse que vous voulez baffer, car il est insupportable qu’un mioche qui vient d’arrêter de faire caca dans sa couche, sache mieux que vous comment s’organisent les primaires chez les démocrates américains. Insupportable, son sourire, sa blondeur et sa perfection ennuyante,. Exaspérant, son articulation de chaque mot, torse déjà bombé, le pin’s Barack Obama 2008 fièrement brandi sur sa chemise C&A. Répugnant, son air ébahi devant les reportages dans les contrées lointaines sur Arte, ou son air surpris et exagérément intrigué devant les jeux intellectuels de sa Nintendo DS.
Vous qui approchez de la trentaine, qui n’avez pas d’enfant, et qui comptez de toute façon les éduquer comme vous l’avez été, c’est à dire avec des coups, des rires, des jouets, du pipi-caca et un ballon de foot ; apprenez à feindre. Dites à votre ami bobo à quel point son enfant est impressionnant, à quel point il est avancé et à quel point il ira loin dans la vie.

Retenez vous de dire que vous avez dû supporter les premiers enfants bobos parisiens dès l’école primaire, qu’ils auraient pu à cet âge écrire Wikipédia et inventer Internet pour le faire, mais qu’ils ont tous fini dans la drogue et le RMI, après avoir galéré pendant 10 ans après le bac, convaincu qu’ils étaient faits pour l’associatif, tout de dreadlocks et de fripes vêtus. Ne leur dites pas qu’au moment de l’adolescence, leur crise identitaire est jouée d’avance : haine de leurs parents pour leur avoir volé leur enfance, puis opposition de principe (essentiellement en s’entêtant d’être un looser), mais manipulation subtile des mêmes parents pour qu’ils financent leur vie de parasites. N’en dites rien, mais pensez le, ca vous rendra le one man show du morveux surdoué plus supportable.

#10 Trier ses ordures

Les couches bio de Théo, 9 mois. L’emballage en carton recyclé du Malongo Café d’Ombline, 37 ans. Le conditionnement plastique de l’album de Yannick Noah, cadeau d’anniversaire de Thibault, l’aîné de 12 ans. La bouteille de Javel bio vide utilisée par Aboubacar, l’homme de ménage de la famille.

Comme tous les autres foyers, les bobos aussi produisent des déchets ménagers. Sauf que, au contraire de la plupart des foyers français, les bobos vouent une importance aussi cruciale aux produits à la fin de leur vie, qu’au moment de l’achat. En effet, le bobo, conscient de son rôle indispensable pour l’avenir de la planète, veut contribuer à sa petite ampleur à léguer à ses enfants une planète plus responsable. Alors il trie. Il sépare les cartons du plastique, et connait parfaitement la signification des 12 couleurs de poubelle différentes, là où un non-bobo trouve qu’il paye déja suffisamment de charges et d’impôts locaux pour financer des usines de tri.

De la même manière, le bobo est un fervent supporter de la grande poubelle à verre. Vous savez, cette grande benne fermée en forme de bulle que l’on ne remarque que parcequ’on la vue être vidée un jour devant nos yeux, et qu’on est resté ébahis par la quantité d’alcool que peuvent ingérer nos compatriotes? Et bien là encore, c’était eux. Le bobo aime l’alcool, mais ne veut surtout pas que cette consommation se fasse au détriment du futur de ses enfants. Il installe donc une organisation logistique similaire chez lui, avec une étagère consacrée aux bouteilles usagées.

Parmi nos lecteurs, certains sont peut-être étudiants. Si tel est le cas, vous avez des chances de faire un jour une collocation avec un bobo. Dans une telle situation, gardez votre sang froid, et ne mélangez jamais les bouteilles de bière que vous avez bues devant Machester-Arsenal avec le carton de la pizza 4 fromages que vous mangiez en même temps, pendant que Thibault, votre nouveau collocataire, participait à une table ronde sur l’excision en Ouganda. Séparez clairement vos déchets, et faites preuve de civisme, quitte à vous amuser à 6 heures du matin en cachette à tout remélanger dans le hall de votre immeuble.

Bons de réductions Quand le bobo va faire ses courses, il pense à deux choses: expliquer calmement à Léa et Hugo que c’est parcequ’ils ont bien travaillé à l’école qu’il va leur acheter un pot de nutella, et à repérer les coupons de réductions. Si vous ne savez pas ce que c’est, vous ne devez pas fréquenter assez de bobos. Il s’agit d’étiquettes minuscules proposant une réduction immédiate en caisse. Les bobos en raffolent.

Le bobo a cette manie de vouloir toujours tout payer moins cher. Si vous essayez de lui signaler, vous verrez que son argumentaire est rôdé: les capitalistes à la tête des grandes surfaces et des industries agro-alimentairess se font tellement de marges, que tout ce qu’on peut leur soutirer est bon à prendre.

La vérité est moins reluisante. Le bobo a un rapport très particulier avec l’argent, puisqu’il en possède plus que 9/10ème des français, mais s’entête dans le même temps à agir comme un pauvre dans les apparences. Il va donc pouvoir réaliser la prouesse de faire ses courses à ED et de bloquer une caisse pendant 8 minutes jusqu’à ce que le caissier ait bien rentré l’ensemble de ses coupons de réductions, et ensuite d’aller chez le fromager dépenser 11 euros pour un bout de Pélardon odorant.

Il faut donc s’appliquer à ne surtout réveiller le bobo, et ne pas lui dire que les vrais pauvres ne profitent pas souvent des bons de réduction, car leur complexe d’infériorité couplé à leur sens des efforts et du travail leur laisse croire qu’il n’y ont simplement pas le droit.

Notons par ailleurs que la déclinaison moderne de ce réflexe étrange est le décompte impressionant des heures passées par un bobo sur Internet, à comparer les prix et à collectionner les codes de réductions des sites de vente en ligne.

#8 Radio Nova

Radio Nova
Comme Nova répète sans cesse qu’elle est pour le métissage des cultures, la recherche musicale pointue et le non-conformisme face à la société marchande, les bobos n’ont jamais eu de mal à adhérer au concept.

Étant donné les échanges culturels constants entre Radio Nova et Canal+ (l’autre média préféré des bobos), Nova est en quelque sorte la preuve par la promotion sociale que tout est possible lorsqu’on sort de nulle part, et que l’on veut être artiste ou bien chroniqueur tendance : Jamel Debbouze, Edouard Baer, Tania Bruna-Rosso, Ariel Wizman… Pour le bobo, Nova est donc une caution de bon goût en avance : ce qui est bon sur Canal+ a été bon sur Nova, donc ce qui est bon sur Nova sera bon sur Canal+.

Les bobos écoutent Nova car à la différence des autres radios formatées, Nova est musicalement libre. Rébellion radiophonique, c’est Nova qui le dit. Les bobos ne remarquent donc pas que les morceaux sont coupés avant la fin comme ailleurs sur les ondes, et que la playlist entière d’un mois de Nova tient dans une seule NovaTune de 17 titres.

Mais au-delà de la musique, c’est probablement l’engagement social et politique de Nova qui ravit le plus les bobos. Les animateurs dénoncent régulièrement les plus hauts méfaits des dirigeants politiques français ou étrangers, les frasques de Sarkozy, les malaises de la société sécuritaire. Malgré tout, le seul événement pour lequel Nova est capable de les mobiliser publiquement est la Saint-Patrick à Dublin, en partenariat avec une marque de whisky.

Heureusement que les animateurs et les voix de Nova continuent de s’insurger contre la société de consommation et l’emprise du marketing à tout va : cela permet aux bobos de ne même plus prêter attention aux publicités quasi subliminales déguisées en jingles maisons.

En fait si les bobos aiment tant Nova, c’est parce qu’elle leur donne exactement ce qu’ils aiment : la société de consommation et de la musique formatée, parsemées de revendications décoratives.

#7 Le slam

Grand Corps Malade, l’idole du bobo

Si vous vous êtes récemment retrouvés à parler musique avec un bobo, il y a de fortes chances pour que celui ci vous ait exposé son amour du slam. Si l’on y réfléchit bien, on se dit que cette musique a surement été inventée juste pour les bobos. Tous les ingrédients sont en effet réunis pour amuser notre bobo préféré:

  • Le slam reprend le concept de flow, emprunté au rap, ce qui lui donne cet aspect exotique et proche du ghetto qui fait tant fantasmer le bobo
  • Le slam se pratique dans des soirées slam, hébergées la plupart du temps dans des cafés de bobo, entre Ménilmontant et Oberkampf, ou des fois rue de Lappes
  • Le slam est souvent pratiqué par des “noirs gentils“, cette catégorie qui pour le bobo transcende tout être humain normalement constitué. Le noir gentil revendique d’où il vient (enfin, il vient souvent de Beaumarchais, mais exagère sur sa proximité à ses origines qu’il ne connaît toutefois pas souvent), tout en désamorçant les aspects inquiétants que les bobos craignent chez le noir lambda. On le reconnait à sa propension à sourire pour rien et à s’habiller avec les mêmes attributs que les bobos eux-mêmes. Une attitude que les “vrais” noirs n’arrivent que rarement à comprendre.
  • Une scène slam présente l’ingrédient clé du bobo, celui qui est aussi précieux pour lui qu’un bon souk à Marrackech: la diversité. Pendant une même scène, le bobo va voir une multitude de caractères différents, et ca, il aime beaucoup. (notons que cette diversité de caractères sera TOUJOURS la même quelle que soit la scène slam que vous ferez).
    • On retrouve ainsi: la déjantée sous coke, le gamin de moins de 13 ans, le vieil alcoolique limite SDF très souvent ancien poète raté, le poète raté tout court, le noir gentil, une racaille rentré par effraction en guise de piment, et une vieille retraitée que tout le monde va adorer.
  • Le slam est musicalement très limité, ce qui le rend relativement élitiste (essentiellement parce que c’est très ennuyeux à écouter sur un album entier), un côté élitiste qui attire magnétiquement le bobo.

Ne vous étonnez donc plus si un bobo vous parle de Grand Corps Malade ou d’Abd Al Malik comme du Messie. Au contraire, devancez-les, et glissez quelques noms de slammeurs peu connus comme Nada, Tsunami ou Petit Robert. Vous ferez fondre des coeurs.

FootballComme on commence à le voir, le bobo a un rapport particulier aux autres. S’il développe une sorte d’empathie teintée de pitié et de compassion pour les pauvres, le bobo est intransigeant dans sa volonté de scission avec son ennemi idéologique : le beauf.

Le beauf représente tout ce que le bobo n’aime pas : attachement aux valeurs de base, respect du travail manuel, vie à la campagne, spontanéité, bref modestie sociale naturelle et non surfaite. Il souhaite donc s’en éloigner à tout prix, c’est pourquoi il va s’évertuer à détester ce que le beauf adore, au premier rang se trouve le football.
Dans une discussion, vous pouvez rapidement cerner le bobo. C’est celui qui n’a pas regardé les finales de 1998 ou 2006, celui qui n’est d’ailleurs au courant d’aucune compétition internationale, qui ne connait le nom d’aucun joueur (sauf Thuram et Zidane, puisqu’on parle d’eux dans Libé’), et qui montre une fermeture d’esprit radicale, lui qui vous exhorte d’habitude à s’intéresser à tout, aux autres cultures et aux populations.

Dans le fond, un bobo se reconnait par son habilité à s’intéresser plus aux populations lointaines qu’à la sienne. Encore une fois adaptez-vous, et retenez-vous de dire que vous avez passé ce week-end pluvieux devant Canal+ Sport, à regarder Bolton-Arsenal, puis Manchester United-Newcastle, avant d’enchaîner sur Marseille-Lorient et Barcelone-Getafe. Dites plutôt qu’après vous être levés à 8heures du matin, vous avez voulu profiter de Paris vidé de ses habitants pour un petit tour en Vélib’ avec vos enfants, avant de vous rendre au marché d’Alligre pour acheter des patates douces et apprendre à votre fille comment on choisit un poisson frais. Racontez-leur également un brunch en famille, puis une balade en forêt. C’est la seule manière de passer inaperçu.

La revolution du bobo Les bobos ont souvent des manières extrêmement utiles et efficaces de porter un message contestataire. L’illustration avec le symbole bobo par excellence, Daniel Cohn Bendit:

Et troisièmement, pour le dire dans le langage de mai 68, il faut foutre le bordel à Pékin!

C’est-à-dire que pendant les JO on saute, on court, on nage et en même temps il faut des sportifs citoyens qui disent avec des brassards, avec des foulards orange, symboles de la révolution en Ukraine, leur solidarité avec le Tibet, il faut des journalistes citoyens qui non seulement couvrent les Jeux olympiques mais aillent voir les dissidents.

L’esprit de mai (mai 68, ndlr), c’est ça. C’est de ne pas accepter ce qui est inacceptable!

Comme le symbole qu’est Daniel Cohn-Bendit, beaucoup de bobos ont un rapport particulier à la contestation. L’expression de la contestation passe en effet beaucoup par le symbole, pour le bobo. Ainsi, il est persuadé que la puissance des symboles est un élément extremement persuasif pour défendre une cause. Il semble ainsi ne pas se rendre compte qu’un symbole peut être vu de manière totalement différente selon les conditions objectives (économico-sociales) et subjectives (affect, psychologie) du sujet qui observe. Ainsi, un sportif qui exprime un mécontentement en brandissant un foulard orange va paraître complètement ridicule et risible à la plupart des être humains (surtout à la population concernée), tandis que le bobo va lui respecter cet acte citoyen, de bravoure et de témérité sans faille. Cette spécificité bobo aide également à comprendre le rapport à certains artifices comme le Keffieh, qui constituent pour lui un acte de rébellion dont la plupart des non-bobos n’ont même pas idée.

La deuxième spécificité bobo est le rapport au monde. Le bobo a un besoin sempiternel de compassion et de se soucier des problèmes des plus pauvres. A cette cause louable, le bobo rajoute des spécificités bien à lui: ainsi, plus le peuple aura une condition évidente de victime, plus il se posera en défenseur de la liberté, quelle que soit son niveau de connaissance sur la situation locale. De la même manière, plus le peuple s’approchera d’une tribu paysanne, plus le bobo se sentira concerné. Enfin, plus la situation se passera loin de son domicile, plus le bobo décrètera l’affaire comme une situation urgente pour laquelle il faut se sacrifier (port d’un pin’s, d’une casquette, manifestation festive).

Si vous vous trouvez dans un groupe de bobos, adaptez votre comportement. Fustigez le comportement d’un gouvernement obscur et lointain (communiste si possible), et prenez la défense d’une tribu ou d’un peuple dont vous ne savez pas grand chose, à part qu’ils sont les gentils dans l’histoire (la tribu se situera idéalement en Amérique du Sud ou en Asie). Le visage du bobo passera de l’air scandalisé et révolté à l’air compatissant, et vous serez ainsi automatiquement acceptés et valorisés au sein de ce groupe.

#5 Les tongs

Les tongs de boboSi vous vous baladez dans un endroit hautement fréquenté par les bobos, comme le 11ème (Oberkampf), le 20ème (Gambetta/Place Edith Piaf), ou Montreuil, il y a de grandes chances pour que vous ayiez vu un bobo se promener en tongs. Ceci ne doit plus vous étonner. Le bobo, quelque soit la saison, aime à avoir l’impression que Paris est un village, son vélo une charrette et ses graines de quinoa bio du foin. Le bobo a un rapport étrange à la ville, pourtant créée initialement comme un facilitateur d’échanges commerciaux, qui fait que lorsqu’il arrive au pouvoir, l’élu bobo tend à vouloir recréer artificiellement ce côté village. Ceci se traduit par des zones piétonnes, des plages sur les berges, et tout un tas d’éléments qui contribuent à compliquer le travail des gens non-bobos (lapalissade à vrai dire, un vrai bobo ne travaillant que très peu), allourdir les échanges de flux, et accessoirement ralentir l’activité de la cité.

La tong est donc l’expression par le bobo de son aise, de son appropriation du quartier comme de son propre village de campagne. Notez que pour ses enfants, il choisira un vêtement sécurisé comme la sandalette, que sa femme adoptera souvent. Notons enfin que ses tongs vont généralement de paire avec un short. Nous y reviendrons.

#4 Le keffieh

Keffieh, Truc de BoboLe keffieh est adulé des jeunes bobos. Le keffieh est initialement un attribut bédouin, devenu par Yasser Arafat le symbole de la lutte palestinienne contre les isréaëliens. Loin de se préoccuper de ce conflit, le bobo utilise lui le keffieh comme élément de rébellion et de compassion.

La compassion est le seul niveau d’analyse géo-politique qu’apprennent les parents bobos à leurs enfants. Sa version pratique est la pitié, apprise lors de leurs nombreux voyages dans les pays du tiers-monde. En complément à cette éducation, tous les jeunes bobos développent une rébellion, qu’ils n’expriment pas comme les non-bobos par de la violence, de la destruction, ou des actes d’incivilité, mais dans une attitude vestimentaire qu’ils souhaitent subversive.Le keffieh est donc là pour rappeler au monde que le bobo n’est pas d’accord, qu’il souhaite rester en marge de la société, car la société est méchante.

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