La première fois que je suis allé dans un Monoprix après l’invasion de Paris par les bobos, j’ai cru à un monde parallèle. Moi qui ai été élevé au Forza (marque low cost de Prisunic, pour ceux qui s’en rappellent), et avait entrée interdite chez Félix Potin (chaîne d’épicerie haut de gamme, pour ceux qui s’en rappellent), je découvris que faire ses courses pouvait, pour certaines personnes, être un vrai moment de bonheur, et pas le calvaire hebdomadaire qu’il représentait pour les gens de ma condition.
Et pour cause, Monoprix c’est un truc de bobo. Un vrai bon truc de bobo, dans le sens ou c’est un truc qui maintient le bobo dans son état de comateux social. En gros, le bobo vit sur une autre planète, complètement déconnecté des réalités, et Monoprix fait tout pour ne pas le sortir de là. Là où il verrait chez Lidl, des produits déposés à même les palettes, obligeant les clients à se baisser comme des chiens pour acheter des aliments dégueulasses (l’obligeant ainsi à découvrir l’existence d’une classe moyenne), il découvre chez Monoprix des étalages art-déco, où aucun article ne dépasse l’autre, le tout dans un festival de couleurs fort bien réfléchi.
Côté lumières, les décorateurs de Monoprix ont tout prévu, puisque l’éclairage tamisé a semble t-il été conçu pour reproduire fidèlement l’éclairage d’un appartement de bobo sur les hauteurs de Belleville. Finies les lumières violentes et agressives des néons de Lidl, place à la lumière tamisée et aux ambiances relaxantes. Si ce n’était la boite de thon et le paquet de PQ dans le panier, on pourrait se croire chez Nature et Découvertes.
Mais l’ingrédient déterminant pour que le bobo se sente chez lui, c’est de ne surtout pas briser l’absence total de contact avec la réalité sociale, absence sans laquelle un Daniel Cohn-Bendit ne serait plus un Daniel Cohn-Bendit car forcé de dire des choses qui colleraient à la réalité. C’est donc dit: au Monoprix, il n’y aura QUE des bobos. Et pour se garantir un tel résultat, les stratèges de Monoprix (qui, bizzarement, sont certainement des bourgeois tout droit issus de la droite financière, opposition supposée -mais néanmoins complice- des bobos) ont pris comme première mesure de multiplier tous les prix par deux.
“Quand il verront qu’il faut lâcher 3 euros 50 pour un paquet de beurre, ils déguerpiront vite, ces connards de beaufs!” aurait lâché l’un d’eux lors du “kick-off meeting”.
“Ouais, et mettons du porc dans le Tzatziki! Ca leur fera les pieds aux bougnouls” aurait rétorqué un autre, pris d’un éclair de génie lui économisant un filtrage à l’entrée.
C’est ainsi qu’un nettoyage ethnico-social semble avoir pris place, me disais-je, alors que je payais 5,60 euros un paquet de pain de mie, que je mangeai (donc) sans confiture ce soir là.
Peu après cette époque, j’ai commencé à profiter du Monoprix pour ce qu’il peut apporter de mieux à un métèque appauvri: de la jolie parisienne non farouche (car bobo, donc née dans une serviette hygiénique, donc excessivement naïve). La recette était connue, s’habiiler en cliché, rassurer un minimum en mettant un paquet de 500g de Quinoa bio dans mon panier, et laisser la magie opérer.
Depuis, j’hésite à passer à la formule au dessus, à l’Aston Martin de la grande distribution: Le Daily Monop’ – Deux fois plus cher, deux fois plus bio, donc deux fois plus de bonnasses.
On le sait, le bobo 
La crise se voit dans la rue, se touche se tâte. Du moins, dans les quartiers où les gens la subissent de plein fouet, entre chômage technique, congés forcés et licenciements économique.




