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#25 Monoprix

logo_monoprix_2007La première fois que je suis allé dans un Monoprix après l’invasion de Paris par les bobos, j’ai cru à un monde parallèle. Moi qui ai été élevé au Forza (marque low cost de Prisunic, pour ceux qui s’en rappellent), et avait entrée interdite chez Félix Potin (chaîne d’épicerie haut de gamme, pour ceux qui s’en rappellent), je découvris que faire ses courses pouvait, pour certaines personnes, être un vrai moment de bonheur, et pas le calvaire hebdomadaire qu’il représentait pour les gens de ma condition.

Et pour cause, Monoprix c’est un truc de bobo. Un vrai bon truc de bobo, dans le sens ou c’est un truc qui maintient le bobo dans son état de comateux social. En gros, le bobo vit sur une autre planète, complètement déconnecté des réalités, et Monoprix fait tout pour ne pas le sortir de là. Là où il verrait chez Lidl, des produits déposés à même les palettes, obligeant les clients à se baisser comme des chiens pour acheter des aliments dégueulasses (l’obligeant ainsi à découvrir l’existence d’une classe moyenne),  il découvre chez Monoprix des étalages art-déco, où aucun article ne dépasse l’autre, le tout dans un festival de couleurs fort bien réfléchi.

Côté lumières, les décorateurs de Monoprix ont tout prévu, puisque l’éclairage tamisé a semble t-il été conçu pour reproduire fidèlement l’éclairage d’un appartement de bobo sur les hauteurs de Belleville. Finies les lumières violentes et agressives des néons de Lidl, place à la lumière tamisée et aux ambiances relaxantes. Si ce n’était la boite de thon et le paquet de PQ dans le panier, on pourrait se croire chez Nature et Découvertes.

Mais l’ingrédient déterminant pour que le bobo se sente chez lui, c’est de ne surtout pas briser l’absence total de contact avec la réalité sociale, absence sans laquelle un Daniel Cohn-Bendit ne serait plus un Daniel Cohn-Bendit car forcé de dire des choses qui colleraient à la réalité. C’est donc dit: au Monoprix, il n’y aura QUE des bobos. Et pour se garantir un tel résultat, les stratèges de Monoprix (qui, bizzarement, sont certainement des bourgeois tout droit issus de la droite financière, opposition supposée -mais néanmoins complice- des bobos) ont pris comme première mesure de multiplier tous les prix par deux.

“Quand il verront qu’il faut lâcher 3 euros 50 pour un paquet de beurre, ils déguerpiront vite, ces connards de beaufs!” aurait lâché l’un d’eux lors du “kick-off meeting”.
“Ouais, et mettons du porc dans le Tzatziki! Ca leur fera les pieds aux bougnouls” aurait rétorqué un autre, pris d’un éclair de génie lui économisant un filtrage à l’entrée.

C’est ainsi qu’un nettoyage ethnico-social semble avoir pris place, me disais-je, alors que je payais 5,60 euros un paquet de pain de mie, que je mangeai (donc) sans confiture ce soir là.

Peu après cette époque, j’ai commencé à profiter du Monoprix pour ce qu’il peut apporter de mieux à un métèque appauvri: de la jolie parisienne non farouche (car bobo, donc née dans une serviette hygiénique, donc excessivement naïve). La recette était connue, s’habiiler en cliché, rassurer un minimum en mettant un paquet de 500g de Quinoa bio dans mon panier, et laisser la magie opérer.

Depuis, j’hésite à passer à la formule au dessus, à l’Aston Martin de la grande distribution: Le Daily Monop’ – Deux fois plus cher, deux fois plus bio, donc deux fois plus de bonnasses.

#24 Le Paris-Dakar

dakar_mitsubishi_11_bigOn le sait, le bobo n’aime pas beaucoup le sport. Mais le Paris-Dakar n’est pas une compétition comme les autres. Tout l’intérêt du Paris Dakar est de faire découvrir des pays trop souvent restés dans l’ombre, de faire prendre conscience de la misère des populations africaines, le tout en passant les pays comme on passe des relais-routiers, symbole du nomadisme sans frontière dont se réclament la plupart des bobos.

Lorsque vous en parlez à un bobo, ne vous méprenez surtout pas. Il ne s’agit pas d’une occasion de lui parler mécanique, orientation et stratégie de course. Le bobo ne s’y intéresse pas. En revanche, il pourrait vous raconter des heures l’ambiance fraternelle qui semble régner sur les bivouacs, du charmes des populations aux 3/4 nues, symbole qu’il voit comme une preuve de détachement philosophique au concept de consommation alors qu’il s’agit juste d’un signe de misère extrême.

Pour ne pas briser cet intérêt si pur pour un sport, lui qui ne s’intéresse habituellement à rien d’autre qu’aux associations de poterie ou autre tables rondes sur l’épistémologie au Soudan, évitez de rigoler du Dakar. Par exemple, évitez de dire que cette épreuve totalement illégitime est bien à l’image du rêve bobo: aller faire chez les plus pauvres ce qu’on ne peut plus faire chez nous, le tout sous couvert de bonne conscience. Ne lui rappelez pas sa sensibilité écologique à géométrie variable, quand il vous a tanné toute l’année pour mettre vos bouteilles dans des poubelles de couleurs différentes pour économiser un micron de CO2 alors que des tonnes de ce gaz vont être déversées sur des enfants et des populations qui n’ont rien demandés. Ne lui rappelez pas non plus que si un dizième des enfants et des femmes qui ont été tuées “par accident” sur les routes du Dakar l’avaient été en France, la compétition serait déja bannie depuis des années.

Mais surtout, feignez de regretter que les populations d’Afrique, malgré cette ribambelle d’avantages et de valorisations (évitez ici de parler de l’aspect financier, où le villageois qui se fait gazer ne touche pas un centime de l’argent des 3000 sponsors), ont préféré refuser le Dakar par le biais de (citez le ainsi) “quelques intégristes réactionnaires”. Le bobo sera ravi d’avoir du soutien dans cette épreuve qui a été un véritable choc pour lui, même si il voue “une passion viscérale et culturelle pour l’Amérique du Sud” (sic).

Enfin, rigolez dans votre tête de cette soupe servie aux bobos, qui continue à s’appeler “Paris Dakar” alors qu’on est plus proche d’un Buenos-Aires -  Bogota, signe que cette compétition n’a pas lieu d’être, si ce n’est pour satisfaire la curiosité exotique de quelques bobos francais et espagnols, et le fantasme de quelques bourgeois en manque de sensations fortes.

Le début d’année est une période propice aux bonnes résolutions. Le bobo n’échappe pas à la règle, puisque lui aussi souhaite chaque année devenir une personne meilleure. Sauf que pour y arriver, ses intentions sont beaucoup plus collectives que la moyenne d’entre nous (arrêter de boire, diminuer le shit ou ne pas regarder les 11 matchs du 11 d’europe chaque week end…)

Exceptionnellement pour Trucs de Bobos, nous avons pu nous immerger furtivement dans le MacBook Pro d’un habitant du 11ème arrondissement, le temps de faire une rapide copie d’écran de ses résolutions de début d’année:

resolutions de bobo

immersion dans le MacBook d'un bobo

De quoi en faire méditer plus d’un.
Bonne année à tous, même aux bobos.

solar_panelLa crise se voit dans la rue, se touche se tâte. Du moins, dans les quartiers où les gens la subissent de plein fouet, entre chômage technique, congés forcés et licenciements économique.

Au plus profond de cette dépression morale et financière, l’homme du peuple enrage contre les politiques, leur souci de s’augmenter pendant que le prix des denrées de base explose, et que leur pouvoir d’achat s’étiole.

Le bobo en revanche, ne le voit pas du même oeil. Perturbé par le choix cornélien des cadeaux de Noël, où il hésite encore et toujours entre un banjo traditionnel chilien en acajou authentique, un pull Patagonia, le dernier bouquin sur les “arabes du coin“, et un djumbé du Mali, acheté chez un petit artisan de Bamako, les soucis de la crise le concernent de très loin. En effet, étant donné qu’on ne licencie pas à l’Education Nationale, et que même si c’était le cas, Henri-Patrick (le mari) mettrait de toute façon tout le gentil foyer à l’abri grâce aux superbes plus-values réalisées pendant ces périodes de yoyo boursier, la crise représente pour le bobo plus un “concept” qu’une réalité.

Mais peu avare en recherche de solutions (même pour ce qui lui échappe), le bobo avance ses arguments lors des soirées entre amis, ou même en famille, lorsqu’ils passent leur soirée du Jeudi à regarder avec délectation la dernière soirée Théma sur le théâtre ouzbek, le Télérama du matin posé sur la table, près de la théière d’Indonésie. Pour eux, c’est l’économie verte qui doit relancer la croissance du monde. Il serait temps de se poser les bonnes questions et de traiter les problèmes en profondeur, et pour cela, le messie serait venu et il s’appelle Panneau Solaire. Le bobo est capable de passer des heures entières à expliquer qu’une défiscalisation sur l’installation de sources d’énergies renouvelable doit être la base de la relance économique, au mépris des logiques élémentaires, comme la difficulté, quand on lutte pour acheter un kilo de patates, de financer une installation à 15 000 euros.

Si vous venez de vous faire licencier et que vous croisez un bobo, contenez votre désespoir devant tant d’éloignement de la réalité, et réjouissez-vous de votre mis en ban de la société car elle vous a enfin donné l’occasion de vous mettre au vélib’ (évitez de préciser que vous avez dû vendre votre voiture pour payer la taxe d’habitation, qui elle, fait par toute saison peu de cas de la crise). Et dites lui que si cela continue, c’est avec un plaisir non contenu que vous passerez aux ampoules basse consommation. Vous serez toujours sans emploi et dans la merde, mais vous aurez un nouvel ami.

Le bobo a une éthique consumériste certaine. Son souhait le plus cher est que chacune de ses dépenses serve à la fois son plaisir personnel (parce qu’il n’y a rien de mal à déguster un bon petit thé au jasmin du vietnam bio et certifié équitable), et qu’il constitue aussi un geste pour la planète.

Partant de là, le bobo n’a aucune raison d’avoir une voiture. Déjà, parce qu’il préfère le vélo. Et que dans un Paris village où il aime se promener en sandalette et en bermuda à multiples poches, le bobo prend plus de plaisir à voguer au vent à bicyclette, Clémentine, 3 ans,  dans le siège de sécurité à l’arrière, et Marie-Emilie sur le Vélib’ d’à coté, équipés évidemment de genouillères et de coudières oranges fluo, ainsi que d’un casque de protection dernier cri.

Mais il faut se résigner, les amis du bobo habitent souvent loin, vus qu’ils sont restés dans leur ouest parisien natal, tandis que nos bobos ont traversé le grillage social invisible pour s’installer au plus près de ceux qui sont dans le besoin (et accessoirement, là où les perspectives d’achat de lofts étaient les plus intéressantes). Compte tenu de cette distance, et vue la durée moyenne des débats enflammés sur le Darfour ou la Géorgie que leur engagement viscéral les pousse à animer, le métro présente des contraintes horaires évidentes.

C’est pour cela que la plupart des bobos possèdent une voiture. Mais attention, pas n’importe laquelle. Pour se la procurer, nul besoin pour le bobo de faire le tour des concessions ou des petites annonces. Il est un adepte de la petite feuille A4 composée maladroitement sous Wordpad et collée modestement à l’arrière des voitures en fin de vie. Sa cible? Les véhicules construits au plus tard avant la chute du mur de Berlin, ayant fait au moins deux fois le tour du compteur, et à l’apparence la plus usée possible.

Le bobo réussit là encore à satisfaire deux éléments complémentaires: dépenser le moins possible dans un véhicule qui de toute facon est nocif pour ses frères humains, et maintenir une apparence de personne pauvre, à même de légitimer son emménagement récent sur les hauteurs de Belleville.

Si vous vous promenez avec un bobo, prenez donc gare à ne pas être trop spontané à la vue de voitures d’avant guerre. Plus précisément, rappelez-vous de ne jamais vous moquer des Trabant sur 3 roues, des 4L (que le bobo prête une fois par an à sa femme pour qu’elle fasse le rallye des gazelles), et des Renault 5 à peinture rouillée, car il se peut que ce soit par ce biais que votre ami vous amène au concert d’Ayo, à Pantin.

#20 Les Quotas

Lors d’un diner chez les parents bobos de votre copine, il existe des règles à respecter. A travers nos écritures, vous en connaissez quelques unes. Par exemple, si vous êtes d’origine immigrée, vous éviterez soigneusement de leur dire que l’amour que vous porte leur fille est essentiellement une expression de la compassion envers l’étranger qu’ils lui ont gravé dans le cerveau dès son adolescence, lorsqu’ils lui passaient un keffieh autour de son cou pour se rendre aux meetings de Georges Marchais, où elle se voyait systématiquement confier la préparation des pancartes “régularisation massive des sans papiers” à ériger sur la place de la bastille.

Au rayon des sujets qui vous risquent la disgrâce, il y a la délicate question des minorités visibles. Et pour cause, le bobo ne veut et ne peut physiquement pas entendre une idée contraire à sa réalité. Alors faites un effort, et placez vous l’espace d’une seconde à sa place.

Imaginez: vous êtes dans un monde de bulles et de jouets, vos amis sont tantot roses, tantot bleus. Tous ont un arc-en-ciel sur le torse, pour exprimer leur envie de paix et de fraternité. Ca vous dit quelque chose? Et bien oui, se mettre dans la peau d’un bobo qui pense politique, ca se résume souvent à penser au monde des bisounours. Tous différents, tous colorés, mais tous super contents de montrer sur notre t-shirt qu’on laisse la part belle à la paix et qu’on fait la guerre à la maladie.

Une fois que vous avez compris cela, vous comprendrez l’argumentation de Jean-Louis, le père de votre copine, ex soixante huitard, ex trotsko, ex marxiste léniniste, et néo président de Carrefour. Lors de cette interminable discussion après la dégustation d’un verre d’huile de morue du Laos, vous comprendrez pourquoi toute la famille veut être représentée par des institutions qui sont à l’image de la société. De fil en aiguille, ils défendront ardemment la plus belle mesure à leur sens du 20ème siècle après le vote des femmes et la dépénalisation du hashish aux Pays-Bas: la mise en place de quotas dans les assemblées représentatives.

Ce principe réjouit le bobo, d’où qu’il vienne et où qu’il soit.  Son rêve ultime est bien de voir une assemblée composée aux 15% d’arabes, 10% de noirs, 5% d’asiatiques, le tout avec 4% d’handicapés rassemblés dans 50% de femmes.

Alors pour contenter le bobo et inventer ce que sera la politique de demain, Canal+ est arrivé. Vous l’entendez, vous qui êtes actuellement chez vos beaux parents bobos ou chez les amis que vous squattez pour boire de bières gratuites en disant des “carrément ouais” à tout bout de champs. L’invention en question, c’est les doubles quotas (voire les triples, comme au scrabble).

Les doubles quotas consistent à faire d’une pierre deux coups et satisfaire deux quotas dans une personne. Plutôt que de longues explications, faisons un tour du plateau du Grand Journal de Canal+ dont le bobo raffole et tirons-en les même conclusions joyeuses et fraternelles que Thibault qui referme systématiquement son MacBook Pro et éteint son iPhone 3G lorsqu’il entend le générique cool, décalé et transgressif de l’émission:

- Ali Badou: arabe et homo.
- Omar Sy: Noir gentil (compte double)
- Mouloud: Arabe, moche, prénom cliché et obèse (score de 4, presque imbattable)
- Ariane Massenet: femme et campagnarde
- Marie Colmant: Femme, vieille, et moche (wow, score de 3)
- Jean Michel Aphatie: vieux, basque (compte double, score de 3)

Vous voila armé d’un atout de poids pour détecter une émission faite pour des bobos, d’une émission faite pour les beaufs.

Nous attendons déja avec impatience la composition 2009 du plateau du grand journal, où on peut se risquer à prévoir un arabe, qui sera surement moche, petit, et pourquoi pas handicapé… il pourrait lui manquer un bras, et pour courronner le tout, on le marierait à une femme belle et intelligente. (mince, ca a déjà été fait) une femme asiatique, de taille inférieure à 1m40, ce qui ferait un score de 3 et plairait énormément dans les lofts de l’est parisien.

#19 Max Havelaar

Truc de bobos

Depuis leur rencontre à la convention altermondialiste de Doha en 1999, Eglantine et Laurent mènent une histoire d’amour à la fois passionante et engagée. Partageant les mêmes convictions, c’est toujours avec le souci du plus faible qu’ils se forgent un comportement de consommateur citoyens.

Ainsi, lorsqu’ils font leurs courses, nos bobos ont un réflexe indispensable, le réflexe Max Havelaar. Pour tous les non-bobos, Max Havelaar est assimilé à une marque de luxe, ce genre de marque qu’on ne remarque que quand l’étiquette du prix n’est pas la priorité. En revanche, le moindre môme bobo de 5 ans, enfant parfait dans l’âme, connait l’historique du label Max Havelaar, et sera capable de disserter pendant des heures sur ses bienfaits pour les populations moins favorisées, développant des pulsions violentes immédiate chez l’interlocuteur non-bobo.

Revenons au supermarché, ou Aymeric obtient des précisions de la part de ses parents

Tu as compris Aymeric, tu vois tous ces paquets de riz? Et bien le producteur qui travaille touteuh la journée en Afrique, il ne toucheura même pas 1% du prix de total des ventes. Tu vois, c’est pour ceula que papa et maman achètent du riz Max Havelaar. Commeuh ca, tout en acheutant du riz, nous faisons un geste pour la planète, et ce producteur africain pourra vivre plus décemment.”

A côté, intrigué par le discours au combien pédagogue du père de Maxence, Félipé, fils d’ouvriers portguais, se risque à avoir des exigences

“Maman, on peut acheter ce riz la? Il parait que ca aide les africains.”
- Et moi y’a quelqu’un qui m’aide moi? Allez tais toi et pousse le chariot”.

Oui, Max Havelaar est un bon indicateur de la distance entre les bobos et le monde réel, puisqu’à l’heure du pouvoir d’achat en chute libre, le riz à 7,50 euros le kilo ne titille même pas l’inconscient du bobo, tandis que d’autres doivent se remettre à consommer du riz non-trié, comme dans les années 80.

Aussi, si vous voulez bien figurer dans un dîner, pensez toujours Max Havelaar. Et si les temps sont durs, n’hésitez pas à acheter du jus d’orange Lidl premier prix, puis à le transvaser dans un carton de jus d’orange étiquetté équitable, carton récupéré chez vos meilleurs amis bobos lors de l’apéro de la semaine dernière, qui célébrait l’embauche de votre amie Justine en stage à Libération, à bientot 30 ans et 6 ans après l’obtention de son diplôme.

Lors de l’incontournable débat sur l’utilité d’un tel label, ne commettez pas l’irréparable, comme leur expliquer qu’un label de qualité ou de préservation de l’environnement est avant tout une aubaine pour les grandes surfaces qui démultiplient leurs marges en même temps que le prix de vente (d’oû une incohérence totale entre les motivations “anticapitalistes” des bobos et les résultats réels de leurs actions), retenez vous aussi de dire que vous voyez Max Havelaar comme une caution déculpabilisante à la consommation outrancière du bobo, ou encore que vous avez vu le “pauvre paysan malien” qui fait la une du site de Max Havelaar récemment à l’Hôtel Hyatt Regency de Singapour.

Alors que le bobo est happé par son amour pour les autres-cultures, le non-bobo est happé par son envie de comprendre le mode de fonctionnement cérébral du bobo. Il en sort des florilèges d’analyses, qui fera même rire Christiane, entre deux lectures du dernier Zurban.

#1, par Jean-Claude

J’habite la Birmanie, destination très prisée par les bobos en tous genres (fortement concurrencée par le Bhoutan et le Tibet).
Je lisais dernièrement un article de Jane Birkin, pur produit de la bobo-itude parisienne – à pleurer de rire – surtout quand on vit depuis plusieurs années en Birmanie, et que la situation est loin d’être aussi simple.

Le bobo aime les causes perdues. Il ne s’intéressait pas à Ingrid, beaucoup trop people et trop médiatisée – Mais il s’intéresse à Aung San Suu Kyi, que seul le bobo arrive à prononcer correctement.

Le bobo aime les tongs, je le confirme – même pour marcher sur les trottoirs défoncés de Rangoun, et tant pis pour les fractures ouvertes qui le conduiront directement sur un hôpital de Bangkok (évacuation sanitaire dont les rebondissements alimenteront les conversations parisiennes).

Le bobo aime Buddha. Souvent de religion catholique, il aime renier la croix (sauf Madonna, qui a souvent un train de retard) – le bobo achètera un beau Buddha en tek (tant pis pour la déforestation et l’embargo de l’Union européenne sur le tek de Birmanie) qu’il ramènera à Paris et dont il racontera qu’il vient du Monastère Schwenandaw (autre mot imprononçable, mais que le bobo se sera entraîné à bien prononcer) comme tous les millions d’autres petits buddhas en vente chez les antiquaires de Rangoun.

Le bobo n’oubliera pas d’acheter du café (arabica lavé de Birmanie) – absolument inbuvable (si on aime vraiment le café), vendu 20 EUR le kg, et évidemment en rupture de stock sur le site http://www.graindecafe.com/arabicas_birmanie.htm)

#2, par Sélim

Dans le cursus typique du bobo,on trouve également le stylisme (confectionner des sapes avec des matériaux de récup’ est pour eux l’ultime geste révolutionnaire),les beaux-arts(confectionner des “installations ” avec des matériaux de récup’ ça dénonce pas mal aussi),l’indispensable fac de cinéma (aaah David Lynch et son univers trop décalé qui ne dérange plus que les parents d’élèves de droite),l’incontournable D.U.T en animation (”travailler avec des enfants c’est trop super”),les facs de psycho(pour pouvoir “cerner la personnalité des gens, quoi”),fac de socio(idem que pour “fac de psycho”),tenir des boutiques de “jeunes créateurs” qui font aussi salon de thé et galerie d’art,monter des assos de théâtre de rue mais où “tout le monde peut venir s’exprimer avec ce qu’il veut,quoi”,les écoles de multimédia (”salut, je suis plasticien-vidéaste-scénographe”) et le soir, pour décompresser de toutes ces passionnantes activités il y a le cours de danse africaine animé par Emma-Lou ,qui connaît trop bien l’Afrique depuis les 15 jours qu’elle a passé en Côte d’Ivoire “les gens sont trop natures là bas”

#3, par La Rémoise

j’adoreeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee les bobos, surtout les mamans bobos qui détachent chaque syllabe, quand elles expliquent à théo (36 mois) que ” ma_man re-viens dans trois- heu-res à l’heu-re des ma-mans re-cher-cher théo!!” théo habillé en cotonade equitable recyclable qui respecte l’environnement

#4, par Claire Anne

Bonjour. Pourriez-vous me donner quelques “conditions indispensables à remplir” pour être bobo, car j’aimerais savoir si mes amis en font partie. Merci.

#5, par Old-Fashioned

Les bobos purs et durs regardent exceptionnellement le sport à la télé. En gros, c’est seulement quand il y a pas de représentation au Théatre de la Ville. On regardera, dans ce cas, le documentaire sur le Tour du Burkina-Faso cycliste. En se disant qu’on devrait y aller, une année, pour les grandes vacances.

#6, par Jean

A part Libé et Télérama, un bon bobo achète de temps en temps le magazine Psychologies : interview du Dalai Lama, recettes à base de quinoa bio ou de graines d’épautre, épilation au caramel, conseils sexo tendance tantrique (le Kama Sutra c’est pour les beaufs)…

Souvent le bobo fait un travail sur lui : les vieux bobos en sont encore à la psychanalyse, mais d’autres ont tenté la gestalt, l’art-thérapie, la méditation vipassana, et j’en passe je connais pas tout.

#18 Les festivals

Tous les étés, les bobos se retrouvent. Souvent fatigués de leur année de travail passée à devoir faire semblant au contact de leurs ennemis idéologiques, comme les beaufs et les immigrés non assimilables, la saison estivale est celle où les bobos se retrouvent entre eux, souvent pour un périple vers l’autre, souvent aussi pour aller à la dcouverte d’autres cultures.

Chaque fin d’été, les festivals pullulent à travers le monde. Le bobo connait chaque programmation par cœur, chaque année. Pire encore, chaque groupe de bobo établit plus ou moins la même liste des festivals prioritaires, sans même se consulter. Une sorte de “the places to be” pour tout bobo qui se respecte. Voyons les éléments qui composent cette liste:

  • Aspect géographique: Le bobo privilégie souvent le festival non éloigné de son lieu de villégiature. Or, le lieu de villégiature du bobo étant lui même fonction de son niveau d’exotisme et de sa propension à lui délivrer les stéréotypes qu’il attend (marrakech, agadir, essaouira, dakar…), les festivals qui se déroulent dans ces villes auront un avantage de fait sur les autres. Pour le bobo financièrement à sec (traduction, le bobo qui, voulant crédibiliser le dénuement de son apparence -les trous dans son falzar-, refuse les 300 euros d’argent de poche hebdomadaire que propose Jean-Louis, le papa ingénieur -qui cherche aussi par là à diminuer ses impôts sur le revenu), le festival visé sera si possible en rase campagne, en camping, là où maintenir une hygiène acceptable est compliqué. Mais l’objectif n’est pas champêtre. Ces efforts sont consentis par le bobo pour qu’il puisse atteindre son but:  raconter son périple et l’agrémenter de la phrase magique “ouais c’était à la roots quoi“.
  • Aspect musical: Pour le bobo, être à un festival, c’est plusieurs choses: communier avec la population locale (bonjour monsieur, un couscous s’il vous plait!), partager une même passion (“ouais allez carrément, passe moi le joint Jean-Charles!“), s’ouvrir aux autres (“ouais excuse moi, tu sais pas ou on peut trouver du bon teuchi par ici? Ah t’en vend! Génial mec!! Combien? 300 euros les 2 grammes? trop cool je prend mec! t’assures!”), mais aussi et surtout, découvrir des musiques extotiques et nouvelles. La programmation du bobo sera ainsi composée d’une bonne couche de rébellion (qu’on mesure souvent par la propension du chanteur a rester pied nus sur scène), genre Manu Chao ou Yanick Noah, un côté “poète exilé”, version “noir gentil” et si possible “ragga”, genre Tiken Jah Fakoly, et une bonne dose de musique pseudo-envoutante, genre DJ Shadow, High Tone, les Puppetmastaz, avec évidemment plusieurs points de bonus accordés au musiques d’ailleurs, peu connues, envoutantes, et chantées pied nus, genre festival Gnaoua d’Essaouira.
  • Public: Comme dans la vie, le bobo qui va à un festival a un goût modéré pour le risque. Pour éviter de risquer le vol des 754 euros que lui a laissé son père en liquide, le bobo préférera les festivals fréquentés soit par des gens comme lui, soit par de gentils autochtones. Par effet inverse, il évitera soigneusement des festivals sponsorisés par Ni pute ni soumise où se cotoient rappeurs de bas étage, raï de supermarché, en plein milieu de Garges-les-Gonnesses, même si l’apparition de Grand Corps Malade et de Souad Massi les avaient enchantés à la première lecture du flyer.

Si vous vous retrouvez à l’un de ces festivals, adoptez une attitude de circonstance:

  • si vous êtes d’origine immigrée, habillez vous d’une tenue traditionnelle, et souriez à foison. Munissez vous éventuellement de shit pour faire la plus value de votre vie,
  • si vous êtes francais, enfilez votre plus belle veste militaire ornant le drapeau de l’allemagne, le but étant d’attirer à vous les bobos. si vous avez un nombre suffisant d’anecdotes à raconter vous mettant en scène dans une ambiance “a la roots” a “fumer des bédos” et “siffler des binouzes”, vous aurez surement droit à quelques sandwiches merguez gratuits.

Le bobo ne s’intéresse pas beaucoup au sport. Certes, il inscrit tous les ans ses enfants omniscients à la natation et à la gymnastique, pour compléter leurs activités extra-curriculaires déjà bien chargées avec le solfège et l’apprentisssage du mandarin, mais il le pratique lui-même assez peu, hormis en hiver lorsqu’il va surfer aux Deux Alpes. Et soyons honnetes, le bobo s’intéresse encore moins aux sports télévisés.

Il faut bien avouer en ces temps olympiques que les jeux d’été sont une exception qui confirment la règle. Prenons Christiane par exemple, prof au lycée Charlemagne et bouddhiste engagée. Dès la fin 2007, alors qu’elle sortait d’un rude combat de plusieurs mois de militantisme acharné aux côtés d’Olivier Besancenot pour la campagne présidentielle (collage d’affiche, distribution de tracts, manifestation anti-capitaliste avec 20 autres militants au Trocadéro), elle a vu l’arrivée des Jeux comme une occasion unique d’affirmer son soutien au Dalaï Lama et son mécontentement absolu eu égard aux agissements des chinois dans la province du Tibet.

Le Tibet libre, un “beau combat” dont raffolent les bobos. Il y a beaucoup de combats comme ça qu’ils aiment, on les reconnait facilement ces combats, car c’est plus ou moins toujours les mêmes personnalités politiques et people qui en sont l’écho médiatique: Bernard Kouchner, Jack Lang, Bernard Henri-Lévy, Olivier Besancenot, Daniel Cohn Bendit.

D’ailleurs, Mardi dernier,  alors que Christiane buvait son thé à l’eucalyptus garanti “commerce équitable”, sa fille Marie-Judith lui passe le dernier Libé’, que la famille entière dévore quotidiennement, avec une interview mémorable de Jack Lang affirmant

la situation au Tibet est quand même autrement plus grave que nos petits problèmes franco-francais.

Une phrase d’impertinence pure qui a rappelé à Christiane pourquoi elle a toujours soutenu le PS, politiquement incorrect, culloté, et qui a toujours su rester  proche de ceux qui en ont vraiment besoin.

Alors qu’elle sort pour aller acheter “L’art de la simplicité“, un livre vendu exclusivement chez Nature et Découvertes, elle passe devant deux mendiants qui semblent bizarrement ne pas se soucier des problèmes du Dalaï Lama. Alors qu’elle détourne le regard, elle est attirée par une boutique, où des téléviseurs diffusent les JO à travers la vitrine. On y voit un nageur africain peiner pour rallier l’arrivée. Voilà ce qu’elle aime Christiane dans les JO. C’est, l’espace d’un instant, l’abattement de toutes les frontières géographiques. Des peuples venus de partout qui communient ensemble, autour d’un même sport. La compassion qu’elle a éprouvée lui rappelle alors celle qu’elle avait ressenti avec ses amis lorsqu’ils avaient vu cet africain glisser péniblement sur ses patins à glace, et devenir champion olympique car tous ses concurrents étaient tombés. Elle y avait vu un tel acte de justice immanente, qu’elle, comme tous les autres bobos, ont depuis une considération particulière pour les jeux olympiques.

Un beau moment de télévision auquel elle repensera au moment de dormir, alors même qu’elle parcoure le quatrième de couverture de son nouveau bouquin acheté plus tôt dans la journée:

“Simplifier sa vie, c’est l’enrichir, contrairement à ce que prône notre société de consommation. Découvrez un mode de vie zen, directement issu de l’art de vivre japonais, reposant sur le principe du “moins pour plus”, appliqué à tous les domaines.”

Si vous souhaitez être ami avec des bobos, retenez donc la leçon: décrédibilisez les sportifs un peu trop doués (“Ussain Bolt? Michael Phelps? Pfff, tous dopés”), valorisez les médaillés des pays du Sud (“formidable cette ouzbek!”). Enfin, dès que vous sentez que vous vous laissez emporter par vos émotions, rajoutez une couche de politique en utilisant le mot “scandaleux”. Exemple: “ouais mais bon. on peut dire ce qu’on veut ca reste absolument SCANDALEUX que la Chine ne respecte pas la trêve olympique au Tibet, quoi!”. Voilà de quoi vous faire briller dans les travées du prochain lieu de concert de Manu Chao.

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